FILIALE DE BOUYGUES

Quand faillite rime avec fuite !

Confier une plus grande part de l’économie nationale aux gabonais, le sujet est plus que jamais d’actualité quand une grande entreprise étrangère se prend la liberté de fuir le pays en déclarant faillite, cela après avoir obtenu de très importants marchés publics. La surprenante et douteuse défection de Bouygues ne remet aucunement en cause la diversification de l’économie du Gabon et la volonté du gouvernement à développer les secteurs de l’énergie et des services.

Quand on n’a pas une raison valable, un argument défendable, il vaut mieux prendre le devant et mettre les employés devant un fait accompli. Les désormais anciens salariés de Bouygues Energie et Services sont toujours sous le choc. Personne n’a vu venir une déclaration de faillite encore moins une prétendue crise financière fatale justifiant une décision aussi grave que radicale, la fermeture définitive de l’entreprise.

Evidemment, l’amertume s’est ajoutée à la déception des salariés. Reproche est faite aux dirigeants de l’entreprise de ne pas avoir donné l’impression de s’être battu pour maintenir et l’activité et les emplois. L’annonce de la mauvaise nouvelle par vidéo –conférence rendait la pilule encore plus dure à avaler. Pis, le timing est suspect quand on apprend que cette branche de la multinationale française a signé un gros contrat au Japon pour la mise en place d’une ferme solaire.

La fermeture de la filiale gabonaise de Bouygues Energie et Service est certainement un coup dur pour les 300 salariés. Pour les dirigeants de l’entreprise, qui accusent avec des arguments trop peu crédibles l’Etat d’être à l’origine de leurs difficultés, les employés n’étaient que « des charges » parmi d’autres qu’il faudrait sortir des tableaux de comptabilité.

Il est temps aussi de débattre de la redevabilité sociale de ces entreprises qui viennent s’accaparer de gros marché et plient bagages dès la moindre difficulté rencontrée. Cette entreprise a entre autres gagné un marché de 48 millions d’euros incluant un réseau de distribution avec l’installation d’une ligne haute tension, un projet d’électrification rurale, l’éclairage public, le déploiement d’un câble de fibre optique dans le Woleu-Ntem…

Pour ce qui est des marchés publics, la stratégie du président Ali Bongo Ondimbaconsistant à partitionner les gros projets est toujours aussi importante pour l’économie du pays. Cela a permis de bâtir un socle d’entreprises nationales capables d’absorber une partie importante des investissements publics.

L’impact sur la diversification de l’économie est encore plus appréciable, car l’argent du pétrole, qui a nettement diminué ces dernières années, est réinjectée dans la création de richesses et d’emplois. Une entreprise qui part laisse au final la place libre à d’autres investisseurs et les nationaux devraient en bénéficier, grâce aux différentes mesures incitatives de l’Etat.